Sous couvert d’équité, une partie de l’hémicycle politique s’adonne à l’utilisation d’un des bas instincts humains: la jalousie. La nouvelle démonstration de ce travers est le lancement de l’initiative populaire du parti socialiste «Pour des impôts équitables». Par la même occasion, le parti à la rose se donne un thème de campagne pour les élections fédérales.
L’initiative dit vouloir combattre la concurrence fiscale entre les cantons qui attirent les gros contribuables et fixer un seuil minimal dans la Constitution fédérale. Elle veut aussi fixer un taux minimal d’imposition pour les salaires de plus de 250.000 francs et pour l’imposition de la fortune. Pour justifier cette «juste» cause, le parti invoque l’attitude scandaleuse des quelques dirigeants, qui non seulement gagnent des salaires indécents mais encore se permettent de déménager d’un canton à l’autre. Et alors, que souhaitons-nous? Qu’ils déménagent à l’étranger? Que ceux qui restent dans leur canton compensent la perte d’impôts par une hausse des leurs? Les dirigeants, dont le salaire est indécent, restent un épiphénomène. Ils se comptent sur les doigts d’une main. Malheureusement, ils donnent des ailes aux mauvaises bonnes idées. En effet, les recettes d’impôts sont générées principalement par l’activité de l’économie suisse. Cette dernière est constituée de 99,7% de petites et moyennes entreprises qui, à elles seules, fournissent les emplois des deux tiers de la population. Loin des dérapages extravagants de ces quelques dirigeants, il faut constater que les rémunérations dans toutes ces entreprises sont en proportion des engagements et des responsabilités et que celles qui dépassent le million de francs sont rares. Alors, l’exercice va surtout pénaliser les entreprises familiales par une imposition plus lourde de l’outil de travail situé dans la fortune de ces dirigeants.
L’initiative va aussi avoir des effets collatéraux sur les autres revenus. En effet, la courbe du taux d’imposition est progressive et le fait d’augmenter le taux pour une catégorie de revenu élevé oblige à hausser celle des catégories inférieures. Là, l’équité l’oblige!
Quant à la volonté de combattre la concurrence fiscale, il ne faut pas avoir pris conscience du monde dans lequel nous vivons pour oser faire une telle proposition. Depuis que l’Irlande a baissé son taux d’imposition des entreprises de 40% à 12%, elle n’a jamais autant encaissé d’impôts. Et en Suisse, où les cantons sont libres de fixer les taux, les revenus d’impôts n’ont jamais été aussi élevés.
La concurrence reste un excellent moteur pour obliger nos gouvernements cantonaux à rester performants dans leur manière d’imposer et surtout de dépenser. Une harmonisation des taux reporterait simplement le problème sur le plan international et ne le supprimerait tout simplement pas!
Jusqu’à aujourd’hui, le peuple n’a jamais cédé au travers de la jalousie qui monte les «pauvres» contre les «riches», les cantons les uns contre les autres. Nous faisons confiance à son intelligence.
(Source: Claudine Amstein Directrice de la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie (CVCI), Agefi)