Le péril vert réveille l'Etat fouineur
En novembre dernier, Christoph Blocher déboule dans les bureaux de l'Office fédéral de la police à Berne et s'engouffre dans une des salles de réunion de la Police Fédérale (Fedpol). Le chef du Département fédéral de justice et police est venu annoncer une mauvaise nouvelle a la dizaine de cadres, tries sur le volet. Leur service n'aura pas les onze postes qu'il réclame pour intensifier sa lutte contre les terroristes islamistes en Suisse, leur déclare Blocher, qui demande aux fonctionnaires présents de ne pas divulguer l'information. Mais le conseiller fédéral UDC fait tout de même un geste. Quatre nouveaux agents seront engagés ainsi qu'une traductrice arabe employée a 60%. Autant dire que les «007» suisses ne sautent pas de joie. Leur déception se comprend. A leurs yeux, la Suisse est en danger. La menace islamiste est bien présente. Le nom de notre pays circule sur certains sites des combattants de l'islam. Et des cellules proches de la nébuleuse de Ben Laden ont déjà été repérées, notamment à Guin (FR) en 2005. Bref: pour les policiers fédéraux, il est urgent de concentrer plus de moyens sur la lutte anti-terroriste que sur la traque des pédophiles sur Internet et sur la lutte contre le blanchiment d'argent sale; deux activités qui monopolisent les 90 agents du Service d'analyse et de prévention. Comment traquer les islamistes avec une traductrice a 60%? Mission impossible, disent-ils. Blocher écoute leurs doléances, dit comprendre, mais n'ira pas plus loin. Pourquoi? L'élu UDC a un câble à la patte et un gros. II n'a pas la base légale nécessaire.
La balle est désormais dans le camp du parlement. A lui d'accepter la révision de la loi qui institue des mesures visant au maintien de la sureté intérieure - La LMSI II pour les intimes. Que propose ce projet, présente en avril par le Conseil fédéral? En gros, la LMSI II ressemble au Patriot Act américain, une loi d'exception qui donne aux services de sécurité US tous les droits ou presque dans le domaine du renseignement, même celui d'obtenir des aveux en employant la méthode forte. "Nous tenons aces mesures car le danger n'a pas diminué", a justifié Blocher, notant au passage qu'en cas d'attentat en Suisse tout le monde réclamerait une telle révision de la loi. Ce que Blocher n'a en revanche pas chante sur les toits, lors de la présentation du projet, c'est qu'il permet aussi de traquer les ennemis de la sécurité de l'Etat sur leur terrain, par exemple les lieux de culte dans le cas des islamistes, de les infiltrer et surtout de les ficher. Ale, voila le mot qu'il ne faut pas prononcer en Suisse: ficher. Le pays en a horreur depuis le scandale des fiches a la fin des années 1980. Le public avait découvert à l'époque que plusieurs centaines de milliers d'Helvètes avaient été surveilles à leur insu. Sans contrôle politique. La peur du péril rouge communiste avait justifie cette fouine d'Etat. Aujourd'hui, le même Etat qui avait promis de ne plus recommencer est tenté par une nouvelle traque: celle du péril vert.
(Source: La lettre hebdomadaire du Journal de Genève et Gazette de Lausanne, No 1 - Semaine du 20 au 27 avril 2007)
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10 Mai 2007 à 16:07 dans
- Migrations
