Burqa interdite? La Suisse se couche comme d'habitude

(Evelyne Widmer-Schlumpf en Burka)
Le débat est lancé en Suisse: faut-il bannir les burqas? Oui, on n'en veut pas, soulignent beaucoup de voix, mais une prohibition serait aujourd'hui plus néfaste qu'utile
Renaud Michiels - le 25 juin 2009, 22h19
Le Matin
Interdire la burqa? Le débat embrase la France depuis le début du mois. Depuis qu'André Gérin, député-maire communiste de Vénissieux, a proposé de bannir ces «prisons ambulantes» que porteraient quelque 2500 femmes dans l'Hexagone. Il a depuis été rejoint par de nombreux élus et a obtenu lundi le soutien du président Sarkozy, pour qui ces «signes d'asservissement de la femme» ne sont pas les bienvenus en France.
Le débat, infiniment émotionnel, a traversé la frontière. Le président du PDC Christophe Darbellay se disait hier dans nos colonnes favorable à une interdiction de la burqa en Suisse. A droite, à l'UDC, certains sont prêts à suivre le Valaisan. Liberté de croyance ou pas, d'autres soulignent aussi leur refus de ces voiles islamiques intégraux, recouvrant tête, visage et corps des femmes. «Les burqas ne sont pas les bienvenues en Suisse non plus», résume le conseiller national Antonio Hodgers (Verts/GE). Pourtant, beaucoup ne veulent pas entendre parler d'une interdiction.
«Quelques touristes»
«A part quelques touristes, surtout pendant les Fêtes de Genève, combien de femmes en Suisse portent la burqa: une poignée? Se demande Antonio Hodgers. Aujourd'hui, une interdiction aurait deux effets: faire râler les milieux touristiques et donner l'impression à certains musulmans qu'on ne cesse de les stigmatiser. Quant aux quelques femmes déjà isolées du monde par leur burqa, elles risqueraient de se retrouver cloîtrées chez elles.»
«En France, le climat social sur toutes les questions liées à l'islam est plus que tendu, il existe là-bas une logique d'affrontement et de provocation, note Stéphane Lathion, président du GRIS, Groupe de recherche sur l'islam en Suisse. Mais la Suisse n'est pas la France et on voit ici très peu de burqas, alors ne nous laissons pas parasiter. Si on interdisait aujourd'hui en Suisse ce qui n'existe pas, ce serait jeter de l'huile sur le feu.»
L'interdiction de la burqa divise aussi à droite. «Prohiber un vêtement me semble peu compatible avec la société libérale qui m'est chère, mais ce débat me semble bien théorique, glisse le conseiller national UDC Yves Nidegger. Et si le problème devait apparaître, il me semble que les réponses existent déjà. Des règlements interdisent les «déguisements» qui dissimulent les visages hors des périodes de carnaval. Il suffit de les appliquer.» Invité mardi à la rédaction du «Matin», le radical Pierre Maudet développait la même pensée. Pour le conseiller administratif de la ville de Genève, il n'y a aucun problème à signaler. Donc, pour l'heure, une interdiction créerait surtout une tension.Or qu'est-ce que la burqa ?
(source: http://www.lexpress.fr/actualite/societe/religion/la-burqa-en-questions_768733.html)
Le voile, dont de nombreuses musulmanes à travers le monde se couvrent la tête, en totalité ou en partie, comporte de nombreuses versions. Elle se retrouve dans de nombreuses traditionset n'est pas forcément liée à l'islam. Le port du voile pour les femmes existe depuis l'Antiquité, par exemple chez les juifs dans la Bible et chez les Arabes bien avant l'avènement de l'islam.
La burqa est à l'origine le vêtement traditionnel des tribus pachtounes en Afghanistan. Ce long voile, bleu ou marron, couvre complètement la tête et le corps, un grillage dissimulant les yeux. Cette tenue est devenue aux yeux du monde le symbole du régime des talibans en Afghanistan, qui l'ont rendue obligatoire, mais elle est loin d'avoir disparu après leur chute.
En France, le port du niqab est plus courant que celui de la burqa. Il s'agit d'un voile sombre qui tombe jusqu'aux pieds et qui couvre le visage à l'exception des yeux.
La burqa est-elle portée par beaucoup de femmes?
Difficile à dire. Il n'existe aucun chiffre susceptible de quantifier le phénomène. La commision d'enquête, si elle se crée, se penchera sur la question.
Qu'en dit l'Islam ?
Le port du voile est évoqué dans le verset 33 53 du Coran comme le montre l'extrait du livreLeChoc Jésus Mahomet de Christian Makarian (ed JC Lattès), directeur adjoint de L'Express. "D'après un hadith attribué à Aïcha, Omar aurait même recommandé au Prophète d'exiger que ses femmes sortent intégralement voilées pour se rendre nuitamment aux lieux d'aisances. Ce que Mahomet aurait refusé. D'un point de vue majoritaire chez les islamologues, on considère que Mahomet était doux avec les femmes. On dit également qu'il était soumis à la forte pression d'Omar, incarnation du rustre bédouin soucieux de maintenir coûte que coûte la domination absolue des hommes.
Néanmoins, au fil des siècles, l'interprétation la plus courante de ce verset consistera à étendre à toutes les femmes le port non pas l'usage de la "tenture" mais le port du voile. C'est cette interprétation, devenue une mauvaise tradition, que combattent aujourd'hui les intellectuelles progressistes, telles que Leïla Babès, qui s'insurge: "L'usage de ce concept comme voile de la femme, et de surcroît appliqué à l'ensemble des musulmanes alors qu'il est réservé aux épouses du Prophète, est un abus et un détournement de sens."
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26 Juin 2009 à 16:42 dans
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