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Les paysans contre un accord de libre-échange agricole avec l'UE

Guy Parmelin, conseiller national UDC du canton de Vaud, s'insurge contre la politique de la conseillère fédérale Doris Leuthard et laisse entrevoir des représailles sur d'autres dossiers.

Dans un article paru le 6 février dernier dans le quotidien Le Temps, il est fait un état des lieux de la situation telle qu'il la juge avant la décision, présentée comme acquise, de l'ouverture de négociations avec l'UE sur l'épineux sujet d'un accord de libre-échange agricole. Cette analyse est toutefois incomplète sur quelques points cruciaux que les citoyens de ce pays sont en droit de connaître et que le département de Doris Leuthard s'ingénie à dissimuler en faisant miroiter une baisse de 25% des prix des produits agricoles pour les consommateurs suisses, sans par ailleurs fournir les preuves chiffrées, exemples concrets à l'appui de ces assertions.  Cet accord, s'il se conclut, est un accord qui concerne le commerce des produits agricoles pour l'essentiel; et la nuance est d'importance puisque les seuls gagnants à coup sûr seront les acteurs de la grande distribution dont les intérêts seront ainsi pour l'essentiel préservés.

Du côté des producteurs, c'est une perte de revenu de 2 milliards de francs au bas mot qui va les toucher, principalement dans le secteur de la viande et des grandes cultures. Les prix à la production vont diminuer et les coûts suisses (énergie, prix du terrain, amortissements, salaires, etc.) sur lesquels les producteurs n'ont aucune prise et qui représentent environ deux tiers de leurs charges ne seront nullement touchés. Et je laisse de côté toutes les exigences suisses en matière de protection des animaux, des eaux et de l'aménagement du territoire (pour certaines nullement remises en cause par l'agriculture) qui subsisteront et qui contribuent aussi à augmenter l'écart des coûts avec l'étranger.  Si l'industrie agroalimentaire suisse conserve, elle, une petite marge de manœuvre supplémentaire en pouvant librement travailler des matières premières importées le cas échéant, sa situation sera tout aussi critique vu que les règles du jeu ne sont pas du tout les mêmes dans l'UE qu'en Suisse. Ainsi, l'Union européenne, contrairement à la Suisse, subventionne parfois à plus de 50% les investissements dits du premier échelon tels les frigos de stockage de pommes, les fabriques d'aliments pour le bétail, les abattoirs ou encore les usines de transformation de matières premières énergétiques (éthanol par exemple).  A cela, vous ajoutez les différences astronomiques du prix du terrain pour construire des infrastructures de transformation et de mise en valeur des matières premières agricoles, qui passe de 2,50 fr./m2 en Espagne à 20 fr./m2 dans la région parisienne pour culminer à plus de 250 fr./m2 en Suisse et vous avez une vision beaucoup plus objective des raisons qui pousseront dans tous les cas les milieux agricoles à lutter de toutes leurs forces contre ce qui s'apparente de plus en plus à un marché de dupes et qui condamnera un grand nombre d'entre eux à la ruine. 

Cette politique aberrante du Département de l'économie, outre de mener à la faillite une bonne partie du monde agricole, va aussi faire baisser drastiquement le taux d'auto approvisionnement en denrées agricoles de notre pays, déjà parmi les plus bas du monde (55% actuellement), alors que la raréfaction des matières premières agricoles sur les marchés mondiaux fait augmenter considérablement les prix et fragilise tout notre système d'approvisionnement.  Le Conseil fédéral est à la veille d'échéances capitales dans ses relations avec l'UE en matière de fiscalité, de marché de l'électricité et de libre circulation des personnes. Il m'étonnerait fort que les milieux agricoles, qui ont soutenu avec force ce dernier dossier, apportent le même appui au moment où il s'agira de confirmer cette extension, voire de l'étendre à d'autres pays de l'UE.  En sacrifiant l'agriculture suisse sur l'autel d'un libre-échange qui ne sera favorable qu'à un cartel d'importateurs et de grands distributeurs, le Conseil fédéral prend le gros risque de subir un échec dans le dossier essentiel de la libre circulation des personnes, autrement important pour l'économie de ce pays. Qu'il en assume clairement l'entière responsabilité avec les milieux qui le soutiendront dans cette voie sans issue pour le pays!  (Source:Le Temps)


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