Approvisionnement en énergie électrique: il faut agir maintenant
Vitale non seulement pour les activités économiques, mais aussi pour le maintien de la qualité de vie de chacun, la question de l’approvisionnement en énergie électrique de la Suisse se pose avec une acuité nouvelle. Elle réclame une approche concertée et, autant que possible, pragmatique.
Sur le plan de la consommation, les estimations autorisées font état d’un accroissement sensible de la demande de courant électrique durant les 20 à 30 prochaines années au moins. L’ampleur de l’augmentation dépendra de facteurs d’ordre démographique et du dynamisme de la croissance économique, mais peut être évaluée au minimum à 15% à l’horizon 2035. Cette estimation volontairement raisonnable tient compte des efforts mis en œuvre pour réduire la consommation et d’une croissance économique modérée.
En effet, les exigences environnementales en vue de réduire les émissions de gaz à effet de serre et les taxes incitatives sur le CO2 risquent paradoxalement d’accroître la demande en électricité. La hausse massive du coût des produits pétroliers devrait également favoriser, à terme, le recours à d’autres sources d’énergie. Or, les énergies alternatives de type solaire, géothermique ou éolien ne pourront, même en bénéficiant d’efforts financiers importants, dépasser 10% de la consommation globale avant un quart de siècle, ce qui ne serait pas suffisant pour absorber le surcroît de la demande dans le même délai.
Pour assurer la sécurité de son approvisionnement, la Suisse a conclu des contrats de prélèvement principalement avec la France, qui autorisent l’importation de courant et doivent permettre de faire face à la demande d’électricité jusqu’en 2020 environ. Ensuite, sauf renégociation des contrats ou nouvelles installations de production, l’approvisionnement ne serait plus garanti. Créer de nouvelles centrales de production électrique – qu’elles soient à gaz, nucléaires ou éventuellement hydrauliques – nécessite cependant un laps de temps considérable.
Sauf à risquer la pénurie de courant ou le renchérissement massif de ce type d’énergie, ce qui n’est souhaitable ni pour la population, ni pour l’économie, les mesures nécessaires doivent être prises sans retard. Elles passent par l’octroi de conditions cadres claires, afin que l’industrie électrique puisse assumer sa mission d’approvisionnement qui suppose des investissements importants. Or, de multiples dossiers en cours d’élaboration n’autorisent pas de visibilité à long terme: la révision de la loi sur l’approvisionnement en électricité en est à sa deuxième mise en consultation pour évaluer une contestable nationalisation des réseaux de transport d’électricité; le mandat de négociation d’un accord bilatéral sur l’électricité avec l’Union européenne vient tout juste d’être donné; le traitement de la taxe CO2 applicable à une éventuelle centrale à gaz demeure flou au-delà de 2012; la Commission de la concurrence recourt au Tribunal fédéral contre la mise en place de Swissgrid (société de gestion des réseaux de transport de courant)… sans parler du débat sur l’énergie nucléaire qui devrait être relancé.
Il appartient au politique d’accélérer la manœuvre pour que les producteurs puissent aller de l’avant. La sécurité de l’approvisionnement à long terme du pays en électricité l’exige.
(Source: JEAN-HUGUES BUSSLINGER , Centre Patronal, Paudex & Agefi)
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14 Juin 2006 à 09:54 dans
- Economie
