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Le conseil fédéral gagne surtout en opportunisme

La Suisse se réveille-t-elle ce matin avec un gouvernement revigoré? Il est permis d’en douter. L’intronisation, hier, de la juriste Doris Leuthard au Conseil fédéral reflète surtout le fonctionnement d’un cartel politique bien huilé: seuls les Verts et les quelques communistes de service se sont risqués à critiquer l’absence de choix, l’accomplissement du fait avant l’heure, le verrouillage d’une nomination prévue de longue date (lire en page 4). Mais que sait-on de Doris Leuthard? Pratiquement rien, si ce n’est que son parti, le PDC, a encore vu sa quote-part électorale fondre de 0,5 point durant sa présidence. Son seul «succès» consiste à avoir convaincu les démocrates-chrétiens de torpiller, avec la gauche, la privatisation de Swisscom.

C’est donc précisément là où la Suisse aurait besoin d’une ambassadrice forte que Doris Leuthard faiblit: à la place de thématiser la promesse des libéralisations, elle s’inscrit dans la tyrannie du statu quo. Ce pays, bien sûr, n’est pas au bord du gouffre: il se situe au huitième rang mondial de la compétitivité et au troisième rang européen. Mais là se situe également le plus grand risque: celui de la complaisance face à l’explosion des dépenses de l’Etat, à l’immobilisme des systèmes de retraites confrontés à l’évolution démographique, à l’inadéquation de structures héritées de la dernière guerre. Or le PDC, avec sa tactique d’obstruction, ne fait rien pour enrayer l’érosion de la société civile qui en résulte.

A l’instar de la conseillère fédérale évincée Ruth Metzler ou de son prédécesseur Joseph Deiss, Doris Leuthard cultivera l’apparence de la concordance et de la collégialité, alors que l’ampleur des problèmes amassés par des décennies d’étatisme ne le permet plus. Une fois de plus, l’administration gouvernera. Joseph Deiss traduit au mieux cette duplicité, lui qui appelait hier la Suisse à «surmonter son penchant au provincialisme» après avoir en personne défendu le protectionnisme agricole et présenté une politique régionale augmentant la dépendance des régions périphériques. Ironie du sort électoral, le successeur de Doris Leuthard au Conseil national, l’agronome Markus Zemp, renforcera encore le lobby paysan sous la Coupole fédérale.

Malgré sa jeunesse relative, Doris Leuthard aurait mieux passé à une époque révolue. Emergeant, comme Joseph Deiss, d’une culture constructiviste, il lui manque une vision libérale contemporaine, celle d’une Suisse fondée sur la responsabilité personnelle et le libre-échange, celle d’une cité autonome ouverte sur le monde. Preuve en est sa position «libérale-sociale», qui s’oppose certes, au plan rhétorique, à «des solutions centralisées, égalitaristes, à tendance technocratique», mais soutient, au plan pratique, une harmonisation fédérale des allocations familiales et une égalisation du service universel. Le Conseil fédéral a gagné en opportunisme, mais sans doute pas en efficacité.

(Source: Agefi)


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