Presque tout faire pour être détesté
L’espionnage par l’administration américaine des transactions bancaires par le biais de la société SWIFT est tout simplement intolérable.
Dans le monde de la finance, à vouloir être premier de classe comme les Suisses, on ouvre la porte aux pires excès. Quand entendrons-nous un CEO ou un politicien suisses déclarer que si notre respect de la sphère privée ne plaît pas aux Américains, c’est leur problème, pas le nôtre. Le moins qu’on puisse dire, après la révélation de l’espionnage, par l’administration américaine, des transactions bancaires internationales effectuées par la société SWIFT, est que nous sommes encore très loin d’entendre de telles déclarations. Les esprits libres, prêts à prendre des risques pour défendre leur liberté ou celles de leurs compatriotes, se font rares. Sans aucun mandat de perquisition, des dizaines de milliers de recherche sur des transactions internationales ont été effectuées dans une gigantesque base de données située en Belgique. Au sein du conseil d’administration de SWIFT, on trouve des représentants d’UBS et de Credit Suisse. Comment se fait-il que ces représentants n’aient pas élevé la moindre protestation? Est-ce parce qu’ils touchaient des salaires pharamineux? Ce n’est pas impossible: rien de tel que l’argent pour dissoudre la fierté, le respect de soi et l’amour de la liberté dans un brouet de déclarations insignifiantes au terme de quelque coaching par des agences de communication. C’est d’ailleurs ce brouet qui a été servi par la société SWIFT lorsqu’elle a déclaré «avoir dû se plier aux mandats américains et s’être acquittée de ses obligations légales tout en préservant la confidentialité de ses utilisateurs». Si la confidentialité a effectivement été préservée, on se demande bien à quoi la surveillance de SWIFT a bien pu servir dans le cadre de la lutte antiterroriste. Même la logique la plus élémentaire est maintenant bafouée. Autrefois, c’était l’intérêt supérieur de la nation qui autorisait toutes les attaques contre la liberté individuelle et le respect de la vie privée. Aujourd’hui, c’est la même chose avec la lutte contre le terrorisme. Que l’attitude américaine, ici, soit intolérable, cela va de soi. Mais rappelons-nous aussi ce que disait Aristote: la nature a horreur du vide. Autrement dit, lorsque les représentants d’un pays courbent d’avance la tête sous les diktats d’une puissance étrangère, ils encouragent toutes les convoitises et laissent finalement les loups prendre leur place. Dès lors, si blâmer l’Amérique, dans cette affaire, va de soi, n’oublions pas non plus de blâmer tous ceux qui se sont couchés devant elle. Comme le relevait dans ce journal Erich Baier, CEO de Bilanz-Data à Vienne, le plus grave est que les gens s’habituent à ce qu’on fouine dans leurs affaires. Il n’y a rien de plus antilibéral qu’un Etat fouineur. Les Etats-Unis, bastion du libéralisme, sont en train de devenir un tel Etat. C’est affligeant, car la culture américaine n’a jamais considéré qu’assurer la sécurité absolue des citoyens était une priorité. Au contraire, elle a toujours fait l’éloge de l’individu qui s’occupe de sa propre sécurité sans compter sur l’Etat. Une telle attitude ne suffit pas dans la lutte contre le terrorisme! Certes, mais d’ici à l’oublier, il y a un pas que les Etats-Unis feraient bien de ne pas franchir. A nous, Européens, de les en avertir. Mais en avons-nous encore les moyens?
(Source: Agefi)
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26 Juin 2006 à 11:33 dans
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