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Quand l’impuissance des puissants nourrit la quête d’un bouc émissaire

Dans son dernier livre, Patrick Artus se demande si le capitalisme ne va pas mourir étouffé sous le court terme. La même question peut être posée en géopolitique. Le passé disparaît dans une sorte de calcul vectoriel de divers mouvements porteurs de troubles, de déstabilisations et autres maux universellement condamnés par la communauté internationale. Le pire est que chacun s’estime capable de porter un jugement sur les causes des conflits et ce qu’il faut faire ou ne pas faire. On ne va pas chez un médecin pour lui dire ce qu’il doit faire pour guérir un cancer, mais devant une situation politique encore plus complexe qu’un cancer, n’importe qui s’estime en mesure de dire quelles mesures il convient de prendre. Même au plus haut niveau, on nous inflige le spectacle d’indignations diplomatiques creuses ou, à l’inverse, d’analyses soi-disant subtiles mais qui, en réalité, nous enfoncent encore un peu plus dans la nuit. Le rappel de ce qui s’est passé il y a quelques années jetterait au moins un peu de lumière sur ce qui se passe aujourd’hui. Certes, L’expression de «leçons de l’histoire» est à manier avec prudence, mais dans le conflit du Proche-Orient elle mérite tout de même d’être prise au sérieux.

Dans les premiers jours de l’an 2000, l’Union européenne encourageait avec enthousiasme les Israéliens à se retirer de la «zone de sécurité» qu’ils occupaient dans le sud du Liban. Les Européens, sous la conduite des Français, étaient certains qu’une fois ce retrait effectué le Hezbollah n’aurait plus de raison d’être et abandonnerait tout recours à la violence pour se transformer en un parti politique. Paris et ses partenaires allaient envoyer des «peacekeepers» pour garantir cette heureuse métamorphose d’une organisation terroriste en un parti politique et s’assurer, le cas échéant, qu’aucune attaque terroriste, quelle que soit sa forme, ne soit lancée depuis cette région libérée par Israël. Bref, il y a six ans déjà, la communauté internationale, devant le monde entier, affichait sa certitude de pouvoir désarmer le Hezbollah et redonner à l’armée libanaise toute sa souveraineté.

En mai de cette même année, Israël quittait le Liban sous contrôle des Nations Unies, qui assuraient que ce départ était effectif et complet. Pour quel résultat? Pire que nul, puisque le Hezbollah célébrait une «grande victoire militaire» et que l’Iran fournissait une infrastructure en hommes et matériel pour la mise en place et la mise à feu de milliers de missiles (certains avec une portée de 75 kilomètres). Que fit la communauté internationale qui s’était réjouie du départ d’Israël comme prélude à la paix? Rien, strictement rien. Nous, en Occident, collés à l’actualité, ne nous souvenons plus de ces choses. Mais les militants des mouvements terroristes d’une part, l’état-major israélien d’autre part n’ont rien oublié. Ils n’ont surtout pas oublié l’impuissance de la communauté internationale à intervenir efficacement pour faire cesser la violence au moins dans le Sud Liban qui constituait un véritable test pour cette communauté. Eh bien, ce test, elle ne l’a pas passé, raison pour laquelle toutes les déclarations sur des disproportions ou des degrés de violence inacceptables ne font que souligner cette impuissance.

Dans un grand livre de géopolitique publié récemment, L’Ensauvagement de Thérèse Delpech, il est expliqué que le moindre relâchement de vigilance et le moindre signe de faiblesse dans les zones dangereuses du monde sont immédiatement exploités par des mouvements terroristes ou des pays qui montent en puissance économique et militaire. Aujourd’hui, cette faiblesse des grandes puissances est manifeste au Proche-Orient, et c’est la guerre qui recommence. Le déplorer, après l’inaction et la naïveté qui ont caractérisé l’attitude des Etats occidentaux envers les Palestiniens et Israéliens pendant des années, c’est montrer qu’on n’a rien retenu et rien appris. Voilà le plus inquiétant, dans la guerre entre Israël et les mouvements terroristes qui veulent éliminer ce pays.

(Source: jan marejko, Agefi)

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