La SSR ne peut pas échapper à la concurrence
La colère qui s'exprime contre la hausse de la redevance radio/TV est compréhensible. Aucun secteur économique ne peut aujourd'hui augmenter pareillement ses tarifs, sauf ceux qui jouissent d'un monopole ou du privilège régalien. La colère porte davantage que par le passé car beaucoup s'interrogent sur le contenu de plus en plus indifférencié des programmes et sur la volonté de la SSR d'étendre son emprise sur de nouveaux territoires commerciaux comme Internet. Contrairement à ce que les dirigeants de la SSR disent, l'impératif de service public n'est pas l'origine première de la hausse demandée. En réalité, les chaînes de TV et de radio du géant SSR mènent une politique d'expansion qui anticipe une libéralisation du marché qui se produira avec l'arrivée de nouveaux opérateurs. Cette offensive, logique du point de vue de ses dirigeants, heurte de plein fouet les intérêts des éditeurs de journaux. Avec raison, ils ont le sentiment que le monopole SSR poursuit ses développements en puisant dans la poche des ménages captifs. Par comparaison, en Grande-Bretagne, non seulement la BBC a dû accepter des coupes budgétaires, mais son site internet ne comporte pas de publicité. Si comparaison n'est pas raison, si la pluralité culturelle suisse et la taille du pays sont de réelles contraintes, la SSR ne peut pas s'étendre à l'infini et occuper tous les segments sous le prétexte d'une mission d'intérêt général alors que d'autres acteurs se débattent mais sans aucune garantie financière. La SSR a sans doute atteint les limites du modèle d'une chaîne généraliste qui se finance par la publicité et la redevance. Il ne s'agit pas d'interdire l'accès de la SSR à Internet et encore moins de lui briser les ailes par une tutelle politique. Mais, plus simplement, de la soumettre aux règles d'une saine et loyale concurrence. Si la SSR a raison de dire que la technologie a fait sauter les barrières des médias, elle doit admettre que son tuteur a l'obligation de défendre la pluralité économique.
Les dirigeants de la SSR brandissent la menace d'une modification de la clé de répartition de la redevance, favorable jusqu'ici aux minorités linguistiques. Cette menace frise l'impolitesse politique: il n'appartient pas à la SSR de définir les instruments d'un Etat fédéral qui, par essence, rétablit des équilibres qui échappent à la logique de la démographie.
(Source: Edito Le Temps - Pierre Veya, ex journaliste à l'AGEFI)
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21 Novembre 2006 à 13:12 dans
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