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L’islam ne saurait se réduire à sa seule dimension religieuse

Jean-Daniel Clavel, consultant et professeur

L’islam est depuis quelques années au centre de débats politiques croissants; en raison de l’augmentation constante du nombre de musulmans en Europe, ces débats vont se multiplier. En Suisse, la population musulmane est passée de 16.300 en 1970 à 310.800 en 2000 – croissance qui entraîne inévitablement une augmentation des revendications. Derrière l’acceptation ou le refus du port du voile ou de la burka, de l’abattage rituel du mouton, de la construction de minarets ou encore de la création de cimetières musulmans se cache en fait la problématique de l’intégration de l’islam et des musulmans dans les sociétés démocratiques et laïques européennes.

Le problème est beaucoup plus profond qu’il y paraît de prime abord, car l’islam ne saurait être réduit à sa seule dimension religieuse: l’islam est en même temps foi et loi. Contrairement au christianisme, l’islam a maintenu son cap premier qui était d’imposer à la société civile un modèle de structuration juridique, sociale, culturelle et économique. Et sous la pression des conflits et des disparités socio-économiques croissantes de la seconde moitié du XXe siècle, l’islam a été instrumentalisé par certains Etats musulmans, certes minoritaires, au service de leurs intérêts étrangers: les réactions des gouvernements musulmans aux caricatures du Prophète dans un journal danois et les péripéties qui ont précédé le voyage du pape en Turquie illustrent l’étroite imbrication entre religion, droit, liberté d’expression et politique chez les musulmans. Ainsi, la problématique du rapprochement entre l’islam et le judéo-christianisme ou plutôt les sociétés européennes ne saurait être réduite à une question de laïcité ou de respect de la liberté religieuse. Trois éléments méritent attention. D’abord, pour l’islam, la loi est l’émanation de Dieu, en l’occurrence de Mahomet, lequel peut seul fixer les lois. Dans les sociétés chrétiennes démocratiques, la loi est l’émanation du peuple. Ensuite, l’islam recherche toujours la conquête de nouveaux fidèles et accompagne souvent ses fidèles dans leurs migrations; on construit des mosquées dans les pays d’immigration des musulmans – ou on cherche à le faire, et de nombreux imams et politiciens musulmans déclarent ouvertement à qui veut l’entendre que l’islam va conquérir le monde. Dans un même temps, les différentes Eglises chrétiennes ne suivent plus leurs adeptes dans le monde en construisant de nouvelles églises. Si le temps du prosélytisme touche peut-être à sa fin, n’oublions pas que christianisme et islam ont tous deux fait preuve d’une violence inouïe dans leurs guerres de conquête. Enfin, l’islam est présent dans la politique étrangère de nombreux Etats musulmans et est même utilisé, dans certains cas, comme étendard de ralliement. Pour les démocraties européennes et américaines – au nord comme au sud – il est aujourd’hui inconcevable que les Eglises se mêlent, même de loin, à la politique étrangère des gouvernements. Le résultat de cette situation ambiguë est évident. Volens nolens, la pratique de l’islam en tant que religion dans les démocraties occidentales laïques devra se distancier clairement de certains courants religieux radicaux qui ont cours dans quelques Etats africains ou du Proche et du Moyen-Orient pour se rapprocher des standards démocratique européens. (Source: Agefi)
 


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