Entre Berne et Caracas, mariage etrange et hybride
Par Jan Marejko, Agefi du 15 novembre
Nos exportations vers le Venezueal ont augmenté de 41% en 2006 et nous y sommes le deuxième investisseur étranger après les Etats-Unis. Mais le 2 décembre, les Vénézuéliens seront appelés aux urnes pour se prononcer sur un référendum instaurant une «république socialiste». Le contrôle de l’Etat sur l’économie de ce pays pourrait s’accroître, l’indépendance de sa banque centrale disparaître. Et la Suisse veut augmenter encore sa coopération économique avec ce pays! Pourquoi?
Avant de répondre, restons prudents. N’avons-nous pas entendu parler de patriotisme économique en France, de la mise en place, en Allemagne, d’un comité chargé d’empêcher une puissance étrangère de devenir actionnaire majoritaire dans une industrie d’importance stratégique, et aux Etats-Unis, de l’existence d’un tel comité depuis longtemps? Bref, un parfait libre échange n’existe pas et n’existera jamais. Mais aucun dirigeant n’avait encore proposé, comme Hugo Chavez, de faire un pas en direction d’une économie nationalisée.
Depuis la chute du mur de Berlin, en 1989, une planification étatique est considérée comme une démarche qui se situe aux antipodes du libéralisme et donc comme un véritable suicide économique. Mais ce qui se passe au Venezuela, comme nous l’apprenions hier avec un certain étonnement, n’effraie pas du tout la Suisse. Philippe Nell, chef du secteur Amériques au SECO, a annoncé la mise en place d’une commission mixte pour finaliser un accord de coopération économique entre Berne et Caracas. Il a même précisé: «Cette commission devrait intégrer le secteur privé».
Comment ne pas être interloqué? Dans une république socialiste, l’intégration du secteur privé signifie sa disparition... Avons nous affaire à une Suisse inconsciente et socialiste? Pas vraiment! Deux grandes entreprises suisses, Nestlé et Holcim, ont exprimé leur volonté de travailler au Venezuela aussi longtemps que cela est possible. A Vevey, on a même précisé: “Il est prématuré de se prononcer sur le projet de réforme de la Constitution vénézuélienne”. Etranges propos, qui s’expliquent peut-être par le fait que Chavez aime les effets de manche. Or la rhétorique politique n’a pas nécessairement un impact sur l’économie. On peut en tout cas l’espérer. De plus, nous n’allons pas assister à un coup d’Etat visant à instaurer une république socialiste, mais à un référendum. Enfin, un gouvernant ne peut pas souhaiter voir son pays s’enfoncer dans la misère, à moins de basculer dans la folie.
Malheureusement, s’il est une chose que l’histoire économique nous apprend, c’est que les cas où l’on a assisté à un tel basculement ne sont pas rares. On espère que le SECO en est conscient.
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16 Novembre 2007 à 17:14 dans
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